Cinq heures du matin, un genre de club à Berlin. Tout est silencieux. Le brun s'agite. Il ouvre, ses yeux, sa vision n'est pas très nette. Il essaie de se lever, titube un peu, se rattrappe au mur, retrouve son équilibre et se prend la tête dans les mains. Ca cogne furieusement à l'intérieur. Une fois encore, il a trop bu. Il attrappe son blouson sur le fauteuil où il était affalé, regarde autour, cherchant dans la masse de corps avachis celui de la personne qui l'intéresse.
Il s'avance vers la blonde à l'opulente poitrine, et la secoue par l'épaule - épaule découverte. Elle soupire, et lui murmure quelque chose. Il aquiesce et se dirige maintenant vers le bar, passe derrière, se remet en état devant le miroir, puis se baisse et prend un petit paquet dans l'un des placards. Etalé sur le bar, il y a un blond dont le torse est dénudé. Il le regarde avec une espèce de mélancolie, puis se détourne. Il y a des épisodes sentimentaux de sa vie qu'il aimerait bien oublier.
Des épisodes de sa vie tout court, d'ailleurs.
Il l'ouvre. A l'intérieur, il reste quelques petits comprimés de couleurs vives et à l'allure sympathique. Ils ont circulés bon train hier soir. Il en prend deux pour son usage personnel, "au cas où", et remet le reste en place. Ca s'écoulera le lendemain - aujourd'hui, en fait.
Maintenant, il s'approche, de son pas mal mais de plus en plus assuré, du grand type avec les mèches rouges. Il se penche vers lui et ses cheveux lui effleurent le visage. Il espère qu'il pourra le réveiller - il lui en voudrait s'il partait sans lui dire au revoir.
" Karl ? "
Ses paupières se soulèvent lentement, papillonnent un peu, sans doutes s'attend-il à être ébloui par une quelconque lumière. Mais il est cinq heures, il n'a rien allumé et le mince éclairage est celui des rues qui arrive par les fenêtres minuscules et par la baie vitrée au plafond.
Il chuchote quelque chose qui fait sourire l'autre.
Ils s'embrassent et se disent au revoir.
Là, il doit rentrer, et s'il le peut dormir une heure ou deux. Demain, rentrée universitaire. S'il avait été plus sérieux, il ne serait pas sorti. Mais Karl lui avait demandé de venir, et sortir, comme ça, regarder les autres s'atomiser la gueule, boire trop, il y avait des jours où il en avait besoin. Hier soir, par exemple. Il ne s'en rend pas compte, mais c'était simplement une manière d'oublier qu'il stressait à l'idée de cette "rentrée". Même s'il est à Berlin depuis un an maintenant, une "rentrée", c'est toujours un plongeon dans l'inconnu, et l'inconnu, quoi qu'il puisse tenter de se faire croire, ça le terrifie.
Besoin. Pas forcément envie, juste besoin.
